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Frontières en Médecine Cardiovasculaire

Introduction

La variabilité de la fréquence cardiaque (VRC) désigne les oscillations continues d’intervalles RR successifs autour de la valeur moyenne (1, 2). L’évaluation du VRC par analyse spectrale de puissance permet d’extraire les modulations sympathiques et parasympathiques (vagales) de la fréquence cardiaque (HR). En effet, le VRC résulte de l’équilibre dynamique généré par la coactivation, la co-inhibition ou l’activation/inhibition réciproque des systèmes nerveux sympathique et parasympathique (3). Le VRC est donc un indicateur de régulation du système nerveux autonome. Ceci est particulièrement pertinent en médecine car un déséquilibre autonome prolongé a été associé à une variété de troubles somatiques et mentaux (4).

La terminologie de la méditation désigne un groupe de pratiques mentales visant à améliorer le bien-être général et à réduire le stress. La méditation serait bénéfique sur un large éventail de troubles (tels que l’anxiété, la dépression, la douleur) et aurait des effets positifs sur le VRC en augmentant le tonus vagal. Il a été démontré que le VRC était modulé pendant la méditation et la pratique du yoga (5, 6) avec un effet positif sur l’équilibre sympathovagal. La méditation Heartfulness (HM) est une pratique de méditation basée sur le cœur visant à atteindre un équilibre mental (7). Les participants redirigent leur esprit vers le cœur. Des effets favorables sur l’épuisement professionnel et le bien-être émotionnel ont été rapportés récemment (7).

Bien que le HM soit utilisé régulièrement dans de nombreux pays, ses effets sur le HRV sont inconnus. Nos deux objectifs étaient : (1) d’évaluer si l’HM augmente le VRC et le VRC résiduel (VRC), (2) d’évaluer les effets du rythme respiratoire (spontanément adopté par les méditants pendant l’HM) sur le VRC et le VRC, compte tenu de l’importance critique des schémas respiratoires sur les spectres du VRC (8).

Méthodes

L’étude a été approuvée par le Comité d’Éthique de l’ULB Erasme (Référence 2016-521). Tous les sujets participants ont signé un consentement éclairé écrit après une explication complète des procédures expérimentales et avant l’expérience.

Sujets de l’étude

Nous avons étudié les effets de la HM sur le HRV et le rHRV dans un groupe de 26 sujets sains (17F / 9M; âge moyen ± SD: 50,5 ± 8,6 ans). Les sujets pratiquaient régulièrement cette forme de méditation sur une base quotidienne (durée moyenne de pratique ± SD: 13,1 ± 7,4 ans). Un total de 30 sujets ont été inclus dans l’étude. Les données n’étaient pas analysables chez 4 sujets en raison d’artefacts d’enregistrement ECG. Les résultats présentés correspondent à n = 26 sujets.

Critères d’inclusion et d’exclusion

Chaque participant pratiquait la HM pendant 1 h sur une base quotidienne pendant au moins 4 ans. Tous les sujets n’étaient pas fumeurs et ne souffraient pas d’alcoolisme chronique. Ils n’avaient aucun antécédent de maladies respiratoires, cardiaques et neurologiques telles qu’accident vasculaire cérébral, tumeur cérébrale, malformation cérébrale, épilepsie, intervention neurochirurgicale, migraine, traumatisme crânien, dépression, maladie de Parkinson, troubles du tonus. Aucun d’entre eux n’avait de stimulateur cardiaque implantable. Ils ne prenaient ni psychotropes ni stupéfiants.

On a demandé aux participants de ne pas consommer d’alcool dans les 12 h, de café / thé dans les 3 h et de ne pas pouvoir pratiquer de sport pendant les 12 h précédant l’expérience.

Questionnaires

Les questionnaires suivants ont été utilisés:

– Inventaire de la pleine conscience de Fribourg (FMI): la version française a été utilisée avant l’expérimentation pour mesurer la pleine conscience dispositionnelle dans les activités quotidiennes. Le score est lié à des années d’expérience.

– Échelle de conscience de l’attention de la pleine conscience (MAAS)

L’attention est une caractéristique commune aux différents types de méditation et semble s’améliorer à mesure que les méditants acquièrent de l’expérience. Chaque sujet a été invité à remplir le questionnaire avant l’expérimentation dans le but de mesurer l’attention à travers des expériences subjectives.

– Questionnaire de profondeur de méditation (MEDEQ)

Après l’enregistrement de l’ECG de méditation de 30 minutes, une auto-évaluation pour mesurer la profondeur de l’état méditatif a été soumise à chaque sujet. Adapté du MEDEQ par Ott en 2001 et Thomas et Cohen (9), ce questionnaire consiste en une échelle visuelle analogique notée de 0 (pas de méditation) à 10 (état de méditation le plus profond). Nous avons ajouté 4 repères temporels afin d’avoir la même référence sur l’ECG pour l’état de méditation de 30 minutes et de comparer les données d’auto-évaluation pour chaque méditant et l’enregistrement de l’ECG.

Surveillance de la Fréquence cardiaque et de la Respiration

Une surveillance non invasive a été réalisée à l’aide de l’enregistreur de données IWorx 214 (iworx, Dover, USA). L’appareil comprend un amplificateur de potentiel bio à canal duo. Des fils sont connectés pour collecter des données périphériques ECG à l’aide de cinq électrodes positionnées sur les poignets et les chevilles selon les recommandations de l’Association pour l’avancement de l’Instrumentation médicale. Un autre câble est connecté à un moniteur de respiration RM-204 utilisant la technologie piézo-électrique pour suivre la profondeur et la fréquence relatives de la respiration. L’élément de mesure est monté dans une ceinture qui s’enroule autour de la poitrine du sujet. Le logiciel Labscribe 2 a été utilisé pour collecter et analyser les données des sondes ECG I et II et de la respiration.

Paramètres de VRC

La VRC a été calculée à partir d’intervalles R-R, comme détaillé précédemment (1, 2). Les intervalles RR adjacents ont été évalués pour chaque participant à l’étude pendant 4 périodes: pendant la période de repos, pendant la méditation (en profondeur de la méditation, à la fin) et pendant la période de rythme respiratoire imposée.

Nous avons évalué le VRC :

– (a) au repos

– (b1) en méditation profonde

– (b2) en fin de méditation

– (c) en « respiration rythmée » : une période de contrôle avec un rythme respiratoire imposé par un signal auditif. Le rythme respiratoire imposé était identique au rythme spontané enregistré lors de la méditation.

L’aire sous la courbe des pics spectraux dans la gamme de fréquences de 0.01–0.4, 0.01–0.04, 0.04–0.15, et 0,15-0,40 Hz ont été définis comme la puissance totale (TP), la puissance très basse fréquence (VLFP), la puissance basse fréquence (LFP) et la puissance haute fréquence (HFP), respectivement.

Afin de normaliser VLFP, LFP et HFP, nous avons utilisé la puissance dans la gamme de fréquences de 0,01 à 0,4 Hz (1, 2). Le VLFP normalisé (nVLFP = VLFP/TP) est un indice de retrait vagal, de modulation rénine–angiotensine et de thermorégulation (10). La puissance basse fréquence normalisée (nLFP = LFP/TP) représente un indice de modulation sympathique et vagale combinée (11) et un indice de baroréflexe (12, 13), et le HFP normalisé (nHFP = HFP/TP) correspond à un indice de modulation vagale. Le rapport de puissance basse / haute fréquence (LHR = LFP/ HFP) est l’indice de l’équilibre sympathovagal.

Fréquence respiratoire

La fréquence respiratoire a été déterminée en respirations/min (bpm).

VRC résiduel

Le spectre de puissance du VRC a été décomposé en une fonction de loi de puissance et une partie résiduelle du VRC (1, 2),

PSD = Frg * rPSD = 10Y * Frqs * rPSD,

où le PSD est la densité spectrale de puissance traditionnelle, Frg est la fonction de régression linéaire entre log (PSD) et log (Frq) avec une pente « s » et une ordonnée à l’origine « Y » dans la plage de fréquences allant de > 0 Hz à la fréquence de Nyquist, « rg » signifie régression, Frq est la fréquence et rPSD est le PSD résiduel. La Frg est une fonction de loi de puissance de Frq avec l’exposant « s » et la constante de normalisation 10Y.

Similaire à la définition des mesures de VRC traditionnelles, l’aire sous la courbe des pics spectraux dans la plage de 0.01–0.4, 0.01–0.04, 0.04–0.15, et 0,15-0,40 Hz dans le spectre de puissance résiduelle ont été définis comme la puissance totale résiduelle (rTP), la puissance résiduelle très basse fréquence (rVLFP), la puissance résiduelle basse fréquence (rLFP) et la puissance résiduelle haute fréquence (rHFP), respectivement. Le rVLFP normalisé (nrVLFP = rVLFP/rTP), le rLFP normalisé (nrLFP = rLFP/rTP), le rHFP normalisé (nrHFP = rHFP/rTP) et le rapport de puissance résiduel basse/haute fréquence résiduelle (rLHR = rLFP/ rHFP) ont été définis de manière similaire à ceux des mesures traditionnelles de VRC.

Procédures statistiques

L’analyse statistique a été réalisée avec Matlab et Sigmaplot® (Jandel Scientific, Allemagne). Des statistiques descriptives ont été calculées. Les valeurs moyennes, médianes, quartiles et SD ont été extraites. La signification statistique a été fixée à 0,05.

La normalité des données a été évaluée à l’aide du test de Shapiro-Wilk. Pour tester la différence des paramètres ECG entre les conditions, une analyse non paramétrique de la variance sur les rangs a été effectuée à l’aide d’un test de Friedman. Lorsque le test de Friedman était positif, une analyse post-hoc a été effectuée avec un test de rang de Wilcoxon. Des comparaisons du rythme respiratoire au repos et pendant les périodes de méditation ont été effectuées avec le test t de Student.

Résultats

Effets de la HM sur le VRC et le VRC

Un exemple typique des effets de la HM sur les spectres du VRC pour un sujet est illustré à la figure 1. HM a entraîné une réduction de l’écart-type des intervalles RR (SDRR), du coefficient de variation des intervalles RR (CVRR) et de la puissance totale (TP).

FIGURE 1
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Figure 1. Spectre de VRC, spectre de VRC résiduel et fonction de loi de puissance d’un participant représentatif. Haut, avant HM; panneaux supérieurs du milieu, milieu de HM; panneaux inférieurs du milieu, durent 2 min de HM; panneaux inférieurs, respiration imposée après HM. Dans tous les stades de HM et après HM, la partie très basse fréquence du rHRV est réduite, la partie basse fréquence du rHRV est réduite, tandis que la partie haute fréquence du rHRV est améliorée.

Le tableau 1 montre que pendant la période de méditation profonde b1, le SDRR, le CVRR et la TP ont été significativement diminués par rapport à ces mesures au repos a, et le LFP, le NLFP et le NRLFP ont été significativement augmentés par rapport à ces mesures pendant la période témoin c lorsque le rythme respiratoire était rythmé conformément au rythme spontané. À la fin de la méditation b2, le LFP, le RLFP, le nLFP, le nrLFP, le LHR et le rLHR ont été augmentés, tandis que le rVLFP, le nHFP et le nrHFP ont été diminués, par rapport aux mesures correspondantes du VRC et du VRSR dans la période de contrôle de la respiration rythmée c. Pendant la période de contrôle de la respiration rythmée c, le SDRR, le CVRR, le TP, le LFP, le rLFP, le nLFP, le nrLFP, le LHR et le rLHR ont été diminués, tandis que le NHFP et le nrHFP ont été diminués. augmentation, par rapport aux mesures de VRC et de VRC correspondantes au repos a. TABLEAU

1
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Tableau 1. Comparaison des mesures du VRC et du VRC au repos (a), pendant la médication profonde (b1), à la fin du médicament (b2) et pendant la période témoin (c).

Effets de la HM sur les paramètres respiratoires

La fréquence respiratoire était significativement plus élevée (p < 10-5 en b1 et p = 0,02 en b2) pendant la méditation par rapport à la condition de repos (Figure 2) Comme illustré sur la figure 3, il existe une relation linéaire positive significative entre l’augmentation de la profondeur de la méditation et la fréquence respiratoire (ρ = 0,9685, p = 0,02). Comme le montre la figure 4, l’amplitude respiratoire était significativement plus faible pendant la méditation b1 et b2 par rapport à la condition de repos (p ≤ 0,0006). De plus, il existe une corrélation négative faiblement significative entre l’amplitude respiratoire et la profondeur de la méditation (Figure 5; ρ = -0,3297, p = 0,05).

FIGURE 2
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Figure 2. Moyens et rythme respiratoire SD au repos (a) et pendant la méditation (b1) (b2). i *p = 0,02; ** p < 10-5.

FIGURE 3
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Figure 3. Corrélation linéaire entre la fréquence respiratoire et la profondeur de médiation (ρ = 0,9685, p = 0,02).

FIGURE 4
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Figure 4. Amplitude respiratoire pendant la méditation (b1) et (b2) et pendant la période de contrôle de la respiration rythmée (c). L’amplitude est exprimée en pourcentage de la condition de repos. *p = 0,04; **p = 0,0006; *** p = 0,0005; **** p = 0,0002.

FIGURE 5
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Figure 5. Corrélation linéaire entre l’amplitude respiratoire et la profondeur de la méditation (ρ = -0,3297, p = 0,05).

Discussion

Le but de notre étude était d’étudier l’effet de la HM sur le système nerveux autonome et l’influence potentielle du rythme respiratoire sur le VRC et le VRC. Nous avons constaté une réduction de certaines mesures de VRC et de VRC au cours de la HM. Contrairement aux études utilisant d’autres types de méditation, nous n’avons pas trouvé d’augmentation du tonus parasympathique pendant l’HM.

Les diminutions de SDRR, CVRR et TP et les augmentations de LFP, nLFP et nrLFP pendant la période de méditation profonde par rapport à celles au repos suggèrent que la modulation vagale globale a été supprimée tandis que les modulations sympathiques et le baroréflexe des sujets ont été augmentés pendant la médication profonde. Les augmentations de LFP, NLFP et nrLFP pendant la période de méditation profonde par rapport à celles pendant la respiration rythmée suggèrent que la méditation profonde pourrait augmenter les modulations vagales et sympathiques et le baroréflexe des sujets. À la fin de la méditation, les augmentations de LFP, rLFP, nLFP, nrLFP, LHR et rLHR et la diminution de rVLFP, nHFP et nrHFP suggèrent également que la modulation vagale est diminuée tandis que la modulation sympathique et le baroréflexe sont augmentés par une méditation profonde, par rapport à la respiration rythmée.

L’effet de la respiration rythmée sur la modulation nerveuse autonome a également pu être observé en comparant les mesures HRV et rHRV pendant la respiration rythmée avec celles au repos. Les diminutions de SDRR, CVRR, TP, LFP, rLFP, nLFP, nrLFP, LHR et rLHR et les augmentations de nHFP et de nrHFP pendant la respiration rythmée suggèrent que la respiration rythmée pourrait supprimer la modulation sympathique et le baroréflexe et améliorer la modulation vagale.

Il est intéressant de noter que les effets de la méditation sur les indices HRV étaient très similaires aux effets de la méditation sur les indices rHRV à l’exception du TP et du rTP. Ceci est compréhensible car le rTP est la puissance totale résiduelle après la suppression de la fonction de loi de puissance du spectre HRV. Malgré certaines études mettant en évidence les différences de rythme respiratoire au repos (14) liées aux années de pratique, nous n’avons pu observer aucune corrélation entre l’expérience et une réduction du rythme respiratoire au repos dans notre expérience.

Afin d’évaluer les changements qui pourraient être acquis par des années de pratique de la méditation, une échelle autodéclarée a été utilisée, comme dans d’autres études (15-17). À cette fin, nous avons utilisé MAAS et FMI pour évaluer une amélioration de la capacité d’attention et de la pleine conscience. Mais les résultats n’ont montré aucune corrélation entre les scores et les années d’expérience.

Très peu d’études sur la méditation ont évalué la profondeur de la méditation. Pourtant, l’état méditatif est un état subjectif qui peut varier d’un moment à l’autre. Le questionnaire de profondeur de méditation (le seul questionnaire que nous avons trouvé dans la littérature) adapté d’Ott (18) et de Thomas et Cohen (9) a été soumis au sujet pour s’assurer que le sujet était bien immergé dans la méditation pendant l’enregistrement des données. Nous avons sélectionné des « méditants » expérimentés, conscients de la qualité de leur état de méditation. Le questionnaire de profondeur de méditation a été soumis aux participants juste après avoir terminé la pratique de méditation. Notre approche est similaire à l’échelle de douleur utilisée dans divers contextes médicaux et chirurgicaux pour déterminer la gravité, le type et la durée de la douleur. De même, nous pouvons quantifier la profondeur de la méditation en la notant de 1 à 10, 10 représentant l’état de méditation le plus profond. C’est une limitation de notre étude car nous nous basons sur le sentiment du participant. Même si cet outil est subjectif, il nous a permis d’estimer la corrélation entre la profondeur de méditation et l’évolution de la fréquence respiratoire chez les sujets.

Ces données ont montré une corrélation linéaire significative entre la profondeur de la méditation et la fréquence respiratoire. En d’autres termes, l’état méditatif est plus profond et la fréquence respiratoire est plus élevée. Cette corrélation n’a, à notre connaissance, pas encore été observée dans d’autres études.

Nous avons montré que la HM ne modifiait pas la fréquence cardiaque mais réduisait considérablement la VRC (SDRR, CVRR, TP, VLFP, LFP, HFP, LHR). Si nous regardons de plus près les résultats que nous avons obtenus, pendant la méditation, une augmentation de HFnorm seul, ce qui peut refléter une modulation du parasympathique pendant la méditation. Mais cette augmentation n’est pas suffisamment significative par rapport à la condition de repos. Alors que toutes les variables du VRC diminuent pendant la méditation, cette augmentation pourrait s’expliquer, en partie, par une diminution très significative des basses fréquences (en valeurs absolues et en unités normalisées). Ainsi, s’il y a une diminution significative de LF, le HFnorm peut augmenter de manière exagérée tandis que le HF dans le spectre total diminue. Ce phénomène a déjà été mis en évidence par Krygier et al. (17).

L’utilisation de variables en valeurs absolues ou en unités normalisées pourrait également expliquer la disparité des résultats obtenus en termes de fréquences dans les études pour interpréter une augmentation du tonus parasympathique pendant la méditation. En effet, certaines études observent une augmentation des basses fréquences (LF) interprétée comme une modulation du système parasympathique ou sympathique ou attribuée au degré d’expertise du sujet ou de la tâche demandée (19-21) ou à la fréquence respiratoire lente (22). En revanche, d’autres études ont attribué l’augmentation du VRC à une augmentation des hautes fréquences normalisées (HF) ainsi qu’à une diminution de l’EPF normalisée et ont interprété comme une prédominance du ton vagal (17, 23, 24). Le tableau supplémentaire 1 résume les résultats publiés dans la littérature montrant l’écart entre les études en relation avec les types de méditation.

Outre l’interprétation que chaque auteur peut donner à ces variables, on peut également observer que les paramètres respiratoires et le type de méditation pourraient expliquer l’hétérogénéité des résultats en termes de fréquences. Une étude menée en 2015 tente de répondre à la question « La méditation est-elle toujours relaxante? »a montré que selon le type de méditation, les variations de fréquence sont différentes. Ils ont conclu que la méditation d’observation des pensées et la méditation de bonté conduisaient à une stimulation accrue du système sympathique par rapport à la méditation respiratoire (25).

Notre découverte a montré que les deux conditions, la « méditation » et la « respiration rythmée », avaient un effet sur la réduction de variables telles que l’écart-type des intervalles RR (SDRR), le coefficient de variation RR (CVRR) et la puissance spectrale totale (TP). Cependant, les effets de ces deux conditions ne peuvent pas être distingués statistiquement. Cela ne nous a donc pas permis de conclure à un effet de méditation différent de la respiration en termes de diminution globale du VRC.

En revanche, la diminution statistiquement significative des fréquences basses fréquences (LF) (LFP, rLFP, nLFP, nrLFP) et du rapport basse/haute fréquence (LHR) serait due uniquement à un effet respiratoire. La seule augmentation statistiquement significative du spectre du VRC a été les hautes fréquences normalisées (HFnorm) qui seraient également uniquement dues à un effet de respiration.

Le rythme respiratoire est souvent associé au bien-être psychologique et la méditation semblait entraîner une diminution de celui-ci Wielgosz et al. (14), Nijjar et coll. (23). Dans notre étude, le rythme respiratoire des sujets a augmenté de manière significative pendant la méditation par rapport à la condition de repos. L’amplitude respiratoire est une autre donnée importante à prendre en compte dans cette analyse. En effet, par rapport à la condition de « méditation », l’amplitude respiratoire en condition de « respiration rythmée » est significativement plus élevée. Le sujet doit donc respirer dans une plage et à une fréquence respiratoire supérieure à celle qu’il a au repos, donc dans un état proche de l’hyperventilation.

La posture et la respiration peuvent influencer le VRC. Le facteur le plus déterminant dans l’amplification du VRC est un rythme respiratoire lent et profond (26). Une respiration rapide ou une hyperventilation aurait un impact sur le VRC, mais induirait une augmentation de l’HFnorm, qui pourrait résulter d’une augmentation du volume courant et du taux de respiration (27). Critchley et coll. (28) ont examiné les effets de l’hypoxie et de la respiration lente sur le VRC et évalué les substrats neuronaux à l’aide d’IRMf. Ils ont noté au cours de l’hypoxie une diminution du VRC et une suppression du baroréflexe, comme représenté par la diminution du LF. Les auteurs ont constaté que l’activité médullaire et pontine dorsale était en corrélation positive avec le volume courant et en corrélation inverse avec la fréquence cardiaque. L’activité dans la moelle rostroventrale était corrélée à la pression artérielle et au VRC. Nous supposons que les modifications dans ces centres étroitement associées à la régulation sympathique peuvent expliquer l’impact de la HM sur le tonus sympathique. Une étude IRMf combinée à des mesures cardiovasculaires et respiratoires devrait être réalisée pour tester cette hypothèse. Une étude sur les effets de la relaxation et de l’hyperventilation chez les personnes anxieuses montre que la relaxation n’affecte pas vraiment HFnorm et HRV. Cependant, l’hyperventilation induit une diminution du VRC et une augmentation du HFnorm, comme notre étude (29).

Conclusion

Nous avons constaté que HM pourrait induire une suppression de la modulation vagale globale et augmenter la modulation sympathique et le baroréflexe. De plus, un rythme respiratoire imposé pourrait supprimer la modulation sympathique et améliorer la modulation vagale. Contrairement aux études utilisant d’autres types de méditation, nous n’avons pas identifié de preuve d’augmentation du tonus vagal pendant la HM. Nos résultats suggèrent que les changements de respiration qui se produisent pendant la méditation influencent le VRC.

Déclaration d’éthique

L’étude a été approuvée par le Comité d’Éthique de l’ULB Erasme (Référence 2016-521). Tous les sujets participants ont signé un consentement éclairé écrit après une explication complète des procédures expérimentales et avant l’expérience.

Contributions des auteurs

AL, SC et MM: conception de l’étude. AL : collecte de données. AL, SC, C-DK et MM: analyse des données et rédaction et approbation de la version finale.

Financement

MM est soutenu par le FNRS et le Fonds Erasme. C-DK est soutenu par une subvention 106-CCH-IRP-100 de l’Hôpital chrétien de Changhua, Changhua, Taiwan, et une autre subvention V102C-058 de l’Hôpital général des anciens combattants de Taipei, Taipei, Taiwan.

Déclaration de conflit d’intérêts

Les auteurs déclarent que la recherche a été menée en l’absence de relations commerciales ou financières pouvant être interprétées comme un conflit d’intérêts potentiel.

Matériel supplémentaire

Le matériel supplémentaire pour cet article peut être trouvé en ligne à l’adresse suivante:: https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fcvm.2019.00062/full#supplementary-material

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